Je ne sais pas pour vous, mais dès que les magasins de tatouage ont eu le feu vert pour rouvrir après des mois d’arrêts provoqués par une pandémie, j’ai immédiatement contacté mon artiste préféré pour me mettre sur les livres. Le blâmer sur des mois d’être enfermé à l’intérieur ou le fait que, plus de 25 tatouages plus tard, je suis complètement investi (euh, accro ?) à la croissance de ma collection d’encre corporelle, mais je savais que j’avais besoin de quelque chose de nouveau, stat.
Moins c’est plus
Quand il s’agit de prendre soin d’un tatouage fraîchement réalisé, la plupart des artistes s’accordent sur un principe : rester simple. « Trop de clients en font des tonnes », glisse Dr Woo, tatoueur réputé à Los Angeles. Crèmes miracles, pommades multifonctions, cocktails d’ingrédients… Inutile de transformer votre peau en laboratoire. Il faut laisser la nature opérer : la guérison du tatouage est un processus où l’oxygène et la patience sont vos meilleurs alliés. Plus vous laissez votre tatouage tranquille, mieux il cicatrisera.
La simplicité n’exclut pas la rigueur. Garder la zone propre et hydratée suffit amplement. Pour la toilette, l’eau tiède et un savon non parfumé font parfaitement l’affaire. Le choix de l’hydratant évoluera au fil des semaines, comme on va le voir plus loin.
Le premier jour et les premières semaines
L’envie de partager son tatouage tout neuf est forte, mais il vaut mieux résister à l’appel du selfie immédiat. « Gardez le pansement mis par votre tatoueur pendant trois à quatre heures », recommande Minka Sicklinger, tatoueuse à New York. Après ce délai, retirez-le et nettoyez délicatement la zone. Même si certains ont leurs préférences, comme le savon Castille du Dr Bronner, tout savon doux et non parfumé s’avère suffisant. Mariah, alias « @GirlKnewYork », tatoueuse également à New York, conseille d’opter pour un savon moussant, type Dial, car la mousse nettoie en douceur sans agresser la peau.
Une fois la zone propre, séchez-la délicatement à l’aide d’un essuie-tout propre. Si la tentation est grande d’appliquer d’emblée une pommade épaisse, Sicklinger recommande plutôt de laisser la peau sécher à l’air libre pendant la première nuit.
Après la première douche ou le lavage du lendemain, laissez sécher à l’air puis appliquez une fine couche de pommade cicatrisante (Aquaphor, Hustle Butter ou Tattoo Goo par exemple). Ce rituel, à répéter deux fois par jour, doit se poursuivre jusqu’à ce qu’une croûte se forme, en général, cela prend trois jours environ, mais tout dépend de la taille, du détail ou de l’emplacement du tatouage.
Dès l’apparition de la croûte, la routine évolue. On continue de nettoyer et d’hydrater, mais il est conseillé de passer à une lotion légère et sans parfum. Cake Robles, tatoueuse à New York, déconseille d’utiliser sa crème corporelle habituelle durant cette période : une lotion simple suffit tant que la peau desquame.
La localisation du tatouage influence également les soins à apporter. Les zones soumises à de nombreux mouvements, comme l’intérieur du coude, l’arrière du genou ou les doigts, nécessitent une hydratation accrue. Même chose pour les parties en contact avec des vêtements serrés, comme les bretelles de soutien-gorge : il faut leur offrir un maximum de « respiration ». Sicklinger précise qu’il vaut mieux éviter toute pression sur ces zones durant les premiers jours pour limiter les irritations.
Les tatouages sur les mains et les doigts méritent une vigilance particulière. Selon Suranghee (@suroshinn), tatoueuse dans la Bay Area, l’encre a du mal à tenir à ces endroits : le lavage fréquent des mains et l’usage du gel hydroalcoolique fragilisent la tenue. Il est donc recommandé d’hydrater ces parties bien plus souvent que le reste du corps. Dr Woo rappelle que sans hydratation régulière, l’encre peut s’estomper, donnant un rendu flou ou effacé.
Ce qu’il faut éviter
Certains gestes peuvent ruiner des semaines d’efforts. Voici ce qu’il vaut mieux éviter avec un tatouage en cours de cicatrisation :
- Exposer la zone au soleil : les rayons UV accélèrent le vieillissement de l’encre, surtout qu’il est encore trop tôt pour appliquer de la crème solaire sur une plaie fraîche. « Gardez votre tatouage à l’ombre, loin de la lumière directe tant qu’il guérit », insiste Mariah. Si nécessaire, couvrez-le avec un vêtement ou un bandana, notamment lors de sorties prolongées.
- Immergez le tatouage dans l’eau : bains, piscine ou longue baignade sont à proscrire. Le Dr Woo insiste : « Quand un tatouage cicatrise, il ne faut surtout pas le laisser tremper. La transpiration excessive pendant le sport n’est pas non plus une bonne idée, car elle favorise le développement des bactéries. » Prévoyez donc votre rendez-vous tatouage loin des vacances à la plage ou des périodes d’entraînement intensif.
- Gratter ou arracher la croûte : avec la cicatrisation, les démangeaisons peuvent devenir obsédantes. Suranghee martèle : « Ne touchez pas à la croûte, ne grattez pas ! Si c’est insupportable, tapotez doucement. » Pour les personnes incapables de résister, Mariah suggère d’utiliser une pellicule type Saniderm entre les phases de nettoyage et d’hydratation. Cela protège la zone et limite les risques de grattage inconscient, notamment durant le sommeil.
Privilégier des ingrédients naturels
Que vous optiez pour une crème classique de pharmacie ou un baume naturel dédié au tatouage, un point ne doit jamais être négligé : la composition des soins. L’idée n’est pas de tomber dans l’ultra-sophistication, mais d’éviter certains ingrédients. Jeremie Lahmi, fondateur de People of Substance, rappelle que les premiers soins s’appliquent sur une plaie ouverte. Il faut donc bannir les produits à base de pétrole, susceptibles d’obstruer les pores, et se méfier de la vitamine E, des parfums ou de l’alcool, qui peuvent provoquer des réactions allergiques.
La vaseline, par exemple, est à proscrire. Même si le 100 % naturel n’est pas une obligation, c’est souvent plus sain pour la peau et le tatouage. Lahmi a mis au point pour People of Substance un stick prochainement disponible, intégrant des huiles d’abricot, de chanvre ou d’argan pour apaiser et nourrir la zone. Sicklinger, de son côté, mise sur l’huile de coco antibactérienne en fin de cicatrisation.
Hygiène et mode de vie : des alliés à ne pas négliger
Impossible d’y échapper : se laver les mains avant de toucher son tatouage reste la règle numéro un. Mariah insiste : « Cela paraît évident, mais on ne le répétera jamais assez. Les mains propres sont la première barrière contre l’infection, surtout dans les premiers jours. »
La santé générale joue aussi un rôle déterminant dans la cicatrisation. Sicklinger le souligne : la peau reflète l’état de l’organisme. Si la santé est fragile, la guérison peut s’en ressentir. L’alimentation, l’hydratation, le sommeil et la gestion du stress contribuent autant à la qualité du tatouage que les produits appliqués sur la peau. Ne pas négliger ce qui se passe à l’intérieur pour préserver ce que l’on affiche à l’extérieur.
Le tatouage une fois cicatrisé
Les soins ne s’arrêtent pas après la guérison initiale. Pour préserver la vivacité et la netteté d’un tatouage au fil des années, il faut continuer à bichonner sa peau. Robles le rappelle : « Soins du tatouage et soins de la peau, c’est la même chose. Hydratation et protection solaire sont vos meilleurs amis. »
Le soleil reste l’ennemi numéro un de la couleur. Une exposition sans protection finit par ternir, délaver, brouiller les contours d’un tatouage. Robles conseille un écran solaire SPF 50 ou plus, tandis que Dr Woo estime qu’un SPF 30 suffit amplement : inutile de viser le max, l’important est d’en appliquer chaque jour sur la zone exposée.
L’exfoliation hebdomadaire ou bimensuelle, avant une bonne hydratation, aide à garder les tatouages anciens lumineux, selon Mariah. Les adeptes des grandes fresques corporelles ont donc tout intérêt à intégrer ce geste à leur routine.
Quelle que soit la discipline, il faut accepter que la peau, et donc le tatouage, changent avec les années. La couleur s’altérera, les traits évolueront. « Vieillir fait partie du jeu », résume Sicklinger. La peau est vivante, elle évolue, elle marque le passage du temps. Avant de franchir le pas, il faut être certain de vouloir ce dessin pour longtemps, même si, un jour, il devient un peu plus discret, un peu plus flou. Après tout, un tatouage, c’est pour la vie.

